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Une étrange leçon de l’histoire…

 AUTRECHES et le Notaire RIGEASSE

François Rigeasse, le chaudronnier, ne vit jamais Autrêches.

Il avait quitté le petit village de ses ancêtres, en haute Auvergne, près de Murat.

Avec son épouse Marguerite Rigard, ses trois enfants, sa roulotte et son maigre cheval, il remonta vers les provinces du Nord où, disait-on, le travail plus abondant était aussi mieux rémunéré.

Il décéda en chemin…, près de Meaux.

Marguerite et ses enfants poursuivirent leur route jusqu’à Autrêches où se trouvait son frère Jean Rigard, également chaudronnier de métier.

Elle arriva au village en 1693, année du début de l’histoire de cette famille dont la 3ème génération allait modifier le sort de la commune d’Autrêches .

Le fils aîné, Jacques, épousa Marie Deciry d’Autrêches et, éduqué par son oncle, s’installa comme chaudronnier au hameau de Beaumontoir.

Le petit fils Jean Rigeasse, l’aîné de Jacques et seul garçon des 9 enfants qu’il eût de Marie Anne Desmaret (dont 3 survécurent) commença l’ascension familiale dans l’échelle sociale.

Après avoir été chef de cuisine, chez un marquis, il s’installa marchand… et vitrier à Blérancourt où on le trouve en 1756.

Mais voici l’arrière petit-fils, prénommé également Jean, né en septembre 1748.

Géomètre, il fut d’abord « arpenteur de la maîtrise des eaux et forêts de Soissons ». Il revint ensuite à Autrêches, le « berceau de la famille » comme « arpenteur et procureur fiscal de la justice de ce lieu ».

Jean Rigeasse était un homme ambitieux et écouté. Il décida de recréer une étude de notaire à Autrêches. Celle-ci avait autrefois existé mais depuis près d’un siècle (1692), le titulaire était allé s’installer à Vic sur Aisne.

Après de nombreuses  requêtes, il obtint satisfaction et en 1786 installa son nouvel office notarial.

Il était alors un « personnage influent » entouré de très nombreuses relations et ayant acquis beaucoup de biens.

La révolution surgit et début 1790 le nouveau découpage administratif des départements, districts et cantons fut mis en place.

 

Ecoutons l’historien Emile GAILLIARD ;

 « En 1790, la commune d’Autrêches fut incorporée au canton de Vic sur Aisne, département de l’Aisne, ainsi que le veut sa configuration géographique… mais cette incorporation gênait les vues ambitieuses du nouveau « Tabellion » (le notaire Rigeasse) qui craignait le voisinage de Maître ROGUIN, notaire à Vic sur Aisne, homme intelligent, actif et populaire qu’on lui préférait chez le châtelain M. de LOUVEL et dans la majeure partie des habitants d’Autrêches.

Il chercha par tous les moyens à réunir sa commune au canton d’Attichy qui faisait alors partie du District de Noyon, département de l’Oise et, comme il avait des influences auprès des magistrats de cette ville, il les fit jouer en se réclamant de son titre d’officier ministériel et de son rôle de plus haut imposé parmi les gros contribuables d’Autrêches. Bref, il fit tant et si bien (on voudrait dire si mal) qu’il réussit à détacher le village du canton de Vic sur Aisne pour le rattacher à celui d’Attichy, ce qui fut une erreur géographique… »

Jean Rigeasse espérait, dans le nouveau cadre administratif, accroître sa clientèle.

Il n’en fut rien. Il dut fermer l’étude qui périclitait et racheta un autre office… à Pierrefonds où il transporta ses minutes et archives. Il revint mourir à Autrêches le 30 mars 1811.

Mais les notaires passent… les cantons restent.

Deux cents ans se sont écoulés et le rattachement administratif d’Autrêches au canton d’Attichy ne pose pas aujourd’hui de problème.

Les liens avec l’Aisne restent, bien entendu, non négligeables.

Les enfants fréquentent le collège de Vic sur Aisne et une part importante de la population active trouve emploi dans les usines de la vallée.

L’enseignement que nous apporte cette affaire Rigeasse est que le découpage administratif de 1790, non seulement fut réalisé de façon géométrique, mais que des intérêts personnels en modifièrent la « figure ».

Aujourd’hui, les lois sur l’aménagement du territoire et le développement font appel à d’autres entités que sont les notions de  « territoire » et de « pays ».

C’est bien le cas des communes entre Compiègne et Soissons que caractérisent leur unité géographique et leur cohérence.

La délimitation du « pays » ne saurait donc constituer le « pré carré » de quelque notable local que ce soit… fût-il notaire.

 
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Dernière mise à jour : 18 septembre 2014.