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Le corps d'un poilu

 

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Le corps d’un poilu retrouvé 88 ans après sa mort

 Eh oui, 88 ans après le début de la guerre, la terre de France peut encore restituer le corps de poilus ensevelis au cours du conflit ! En voilà l’illustration :

 Ayant appris qu’un corps avait été trouvé peu de temps auparavant dans notre commune, nous nous rendîmes avec deux autres membres de l’association « Soissonnais 14-18 » à l’endroit précis où la découverte avait été faite.

 Cette première découverte avait été faite de la manière la plus fortuite. En effet, un habitant des environs organisant une réunion amicale en pleine nature avait constaté que le chemin creux conduisant au lieu de la réunion, n’était plus très carrossable. Armé d’une pelle, il entreprit de boucher une ornière en la comblant avec de la terre prise dans le flanc du talus encadrant le chemin creux. Au premier coup de pelle, quelle ne fut pas sa surprise de voir des ossements humains !!!!

 Ce premier corps fut exhumé dans la discrétion la plus totale par l’administration en charge des sépultures militaires.

 Sur les lieux de cette première découverte, les membres de l’association « Soissonnais 14-18  » s’aperçurent très vite qu’un fragment d’os dépassait du flanc du talus à proximité immédiate de l’endroit où avait été trouvé le premier corps. Quelques légers dégagements de terre suffirent pour comprendre qu’il s’agissait du sommet d’un crâne. Les membres de l’association prévinrent alors immédiatement la gendarmerie et le maire.

 Le lendemain, avec l’accord de la gendarmerie qui s’était déplacée préalablement sur les lieux, l’exhumation du corps put être entreprise. Compte tenu su soin méthodique apporté à ce travail, toute la journée fut nécessaire.

 A notre plus grande déception et bien que rien ne fut laissé au hasard, aucun élément ne permit l’identification du soldat. Toutefois, les différents objets trouvés autour de lui (étuis Lebel, crochets, bidon, boutons,…) attestent qu’il s’agissait d’un soldat français.

 Notre connaissance des faits de guerre locaux permit d’établir avec précision et avec une quasi-certitude la date de la mort ainsi que l’unité à laquelle appartenait le soldat : il appartenait à la 5ème compagnie du IIème bataillon du 35ème régiment d’infanterie et avait été tué le 20 septembre 1914. 

Ce jour là en effet, les Allemands qui étaient retranchés sur le plateau au sud de Vassens depuis le 14 Septembre, décidèrent d’attaquer massivement avant l’aube. Sous la puissance du coup de boutoir allemand, toutes les unités leur faisant face reculèrent soit en combattant vaillamment soit qu’elles furent retirées du champ de bataille conformément aux ordres aberrant donnés par le colonel de Mac Mahon commandant le 35ème R.I..

 Bien protégé par un barrage d’artillerie très efficace, le IIème bataillon de cette unité se trouva le dernier à être attaqué. Cependant sa position était devenue périlleuse car à gauche et à droite, les unités voisines avaient dû se replier. Une partie du bataillon (et en particulier la 5ème compagnie dans le chemin creux où fut retrouvé le corps) s’accrocha avec l’énergie du désespoir au bord du plateau barrant ainsi l’accès au ravin en direction du hameau de Chevillecourt. Cette résistance héroïque permit au gros du bataillon de se regrouper au bas du plateau et de tenter plusieurs percées pour rejoindre les troupes françaises. Ces tentatives n’aboutirent cependant pas et le bataillon éprouvé, isolé, jugeant la partie perdue se rendit à une vingtaine d’Allemands stupéfaits de faire à eux seuls 4 à 500 prisonniers (cf. historique du IR 85).

 Ainsi, le sacrifice des détachements qui avaient défendu le plateau jusqu’au bout avait été vain.

A l’issue de ces combats, les corps des soldats morts jonchaient partout le sol et comme les Allemands restaient maîtres des lieux (qu’ils occupèrent jusqu’en mars 1917) ce fut donc eux qui durent se charger de l’inhumation des corps.

 Un article d’A. Matthiessen paru dans le n° 18 du « Frontsoldat » que nous avons ainsi traduit constitue à cet égard un témoignage intéressant :

« Nous étions à nouveau dimanche, la 3ème section de la compagnie forma un  détachement pour inhumer les corps qui se trouvaient à Autrêches et dans les environs où se trouvaient les chemins creux. Nous trouvâmes des corps de soldats tués lors des combats du 20 septembre et auparavant. Les odeurs furent vite insupportables et l’on dut emporter de l’alcool avec soi. Nous déboutonnâmes les tuniques, prîmes les médailles et autres objets personnels afin d’identifier les corps avec certitude. De la même manière, le chef de section prit les papiers que l’on trouva et les carnets de route. Nous ne pûmes nous débarrasser de l’odeur de mort de toute la journée. Les corps eurent pour dernière demeure une  tombe fraîche et une croix de bois avec un écriteau  caractéristique. »

 Ce témoignage permet  de comprendre la raison pour laquelle aucun objet personnel ne fut trouvé sur le corps et explique peut-être la double fracture du fémur gauche, sans doute post-mortem résultant d’une inhumation faite sans ménagement dans les conditions décrites par l’article du « Frontsoldat ».

 Avec une émotion difficile à contenir, les restes mortels du poilu furent déposés dans un cercueil acquis spécialement. La dépouille fut conduite dans la crypte de l’église d’Autrêches où une bénédiction fut donnée.

 L’Association « Soissonnais 14-18 » prit contact avec le Souvenir français, les anciens combattants, les autorités militaires, … Elle associa la municipalité à une prise d’armes à laquelle le 35ème régiment d’infanterie tint à participer en envoyant deux représentants de Belfort,  ville où se trouve toujours cantonné le régiment auquel appartenait le poilu.

Enfin, ultime étape, le corps fut inhumé dans la nécropole nationale de Tracy le Mont. Il y repose sous la terre du Soissonnais à laquelle a été mêlée de la terre venue de sa région natale.

 Nous avons tenu à ce qu’il y repose dans une tombe individuelle.

Nous avons le sentiment qu’ainsi, le soldat inconnu avait reçu dans le plus grand respect, l’hommage qui lui était dû.

R. Hebert

 
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Dernière mise à jour : 18 septembre 2014.